Collectif Finance Responsable

Le climat entre dans le portefeuille par la ligne assurance

Le climat entre dans le portefeuille par la ligne assurance

Sécheresse sur le Rhin et le Danube, surprime catastrophes naturelles relevée à 20 %, charges de copropriété qui s’envolent : le risque climatique n’entre presque jamais dans un patrimoine par un score extra-financier. Il entre par une prime d’assurance.

Le fait

Début août 2026, le Rhin, le Danube et le Pô sont descendus à des niveaux exceptionnellement bas pour la saison. À Kaub, en Allemagne, point de référence de la navigation rhénane, la cote est tombée si bas que des barges capables de transporter plus de 5 000 tonnes ne peuvent plus en embarquer qu’environ 800. Sur certaines portions navigables, le trafic est réduit à une fraction de sa capacité habituelle et les coûts de fret ont été multipliés par trois. Sur le Danube, barges et pétroliers ont dû réduire leur chargement de 30 à 40 %.

Ces éléments sont rapportés de façon convergente par plusieurs rédactions européennes début août : France 24 le 4 août, Le Grand Continent le 2 août, et Trends-Tendances. Selon ces analyses, le niveau du Rhin pourrait amputer la croissance allemande d’environ 0,3 point cette année.

Ce chiffre mérite d’être lu pour ce qu’il est : un effet économique mesurable, immédiat, produit par un aléa physique. Il n’est passé par aucun score extra-financier, aucune classification réglementaire, aucun débat de méthode. Il est arrivé par le tirant d’eau d’une péniche.

C’est précisément ce que la gestion de patrimoine a du mal à intégrer. Le risque climatique y est traité comme une question d’analyse de portefeuille, alors qu’il se manifeste d’abord comme une ligne de coût.

Le canal de transmission : l’assurance

Pour un patrimoine, le climat ne se présente presque jamais sous la forme d’un événement spectaculaire. Il arrive par la prime.

La surprime « catastrophes naturelles » est passée de 12 % à 20 % de la prime de base au 1er janvier 2025, sur l’ensemble des contrats dommages aux biens. C’est la modification la plus importante du régime depuis vingt-cinq ans. Cette surprime finance le dispositif public d’indemnisation des catastrophes naturelles, et son relèvement traduit une seule chose : le régime ne s’équilibrait plus.

Les ordres de grandeur qui l’expliquent sont concordants d’une source à l’autre : les sinistres climatiques ont triplé en trente ans, passant d’environ 1,5 à 5,3 milliards d’euros par an, tandis que les coûts de réparation ont augmenté de 12,3 % depuis 2021.

Ces constats ne viennent pas d’un seul camp. Le rapport de l’Observatoire de l’assurabilité, remis au Gouvernement le 15 juin 2026 et présenté par les ministères de l’Économie et de l’Écologie, confirme la pertinence du modèle français fondé sur la prévention et le régime Cat Nat, tout en relevant que le coût des dommages principalement liés au climat pourrait augmenter de l’ordre de 50 % à l’horizon 2050. Du côté de la profession, la cartographie des risques 2026 de France Assureurs, neuvième édition, publiée le 29 janvier 2026 et construite à partir des réponses de 186 dirigeants et experts représentant 95 % des placements du secteur, formule un avertissement plus direct encore : dans certains territoires ou pour certains risques, c’est la possibilité même d’assurer qui pourrait être remise en cause.

Un régulateur et une fédération professionnelle, dont les intérêts diffèrent, décrivent la même trajectoire. C’est ce qui donne du poids au constat.

Une divergence à signaler plutôt qu’à masquer. Sur l’ampleur exacte de la hausse de l’assurance habitation en 2026, les chiffres publiés ne concordent pas : selon les sources, on lit +7 à 8 %, +9 %, ou jusqu’à +13 %. Les écarts s’expliquent par les périmètres retenus, les régions observées et le traitement de la surprime Cat Nat. Nous n’avons pas d’élément permettant de trancher entre ces estimations. Ce qui est constant, en revanche, c’est le sens de la variation et le fait qu’elle dépasse nettement l’inflation générale.

Ce que cela fait à l’immobilier détenu

Le point le plus concret pour un patrimoine immobilier est passé relativement inaperçu : en 2026, l’assurance de l’immeuble est devenue le premier moteur de hausse des charges de copropriété, devant le chauffage collectif et l’entretien courant.

La mécanique est simple et n’a rien de climatique en apparence. Une charge augmente plus vite que le loyer, qui reste encadré par des indices. L’écart se creuse. Le rendement net baisse, sans qu’aucune ligne d’un reporting ne porte le mot « climat ».

Cela vaut pour la détention directe. Cela vaut aussi, indirectement, pour les véhicules collectifs : une SCPI supporte les charges des immeubles qu’elle détient. Une hausse structurelle du poste assurance se retrouve dans le taux de distribution, avec le décalage propre à ces véhicules.

Question utile à poser à une société de gestion de SCPI, et qui n’est pas une question ESG : quelle est l’évolution du poste assurance sur les trois derniers exercices, et quelle part du patrimoine se situe dans des zones où l’assurabilité se tend ?

Ce que cela fait au foncier agricole et viticole

C’est ici que se loge le fait le plus contre-intuitif du dossier.

Le dispositif français d’assurance récolte, refondu au 1er janvier 2023, repose sur trois étages : l’exploitant, l’assureur, puis la solidarité nationale au-delà d’un seuil de pertes. Pour la période triennale 2026-2028, le seuil de déclenchement de la solidarité nationale est fixé à 50 % de pertes pour la viticulture, comme pour les grandes cultures et les cultures industrielles.

Et le taux d’indemnisation par la solidarité nationale pour la viticulture est programmé à la baisse : 31,5 % en 2026, puis 28 % en 2027, puis 24,5 % en 2028 (barème publié pour la campagne 2026, dispositif décrit par le ministère de l’Agriculture et par France Assureurs).

Autrement dit, la part du risque laissée à l’exploitant augmente d’année en année, sur une trajectoire décidée à l’avance, pendant que la fréquence des aléas ne diminue pas. Le contexte de sinistralité est documenté : le gel de 2021 avait entraîné des pertes de 70 à 100 % de récolte chez de nombreux vignerons non assurés.

Pour un client détenteur de foncier viticole, ou d’un groupement forestier, la conséquence est directe : la valeur de l’actif dépend de moins en moins du prix de l’hectare, et de plus en plus de la couverture qui l’accompagne et de ce qu’elle coûtera dans trois ans.

Réserve de méthode, à dire clairement. Nous n’avons trouvé aucune source établissant un retrait des assureurs du marché viticole français. Cette idée circule, nous ne la reprenons pas faute d’élément la documentant. Ce qui est établi, c’est l’évolution programmée des taux d’indemnisation publics, ce qui est différent.

La question

Le risque climatique est aujourd’hui presque toujours abordé, en gestion de patrimoine, par la porte extra-financière : classification du fonds, score, note du gérant.

Les éléments réunis ici arrivent par une autre porte, et elle est comptable : une surprime qui passe de 12 à 20 %, un poste de charges qui devient le premier de la copropriété, un taux d’indemnisation qui décroît de sept points en trois ans, un fleuve qui coûte trois dixièmes de point de croissance à une économie.

Aucun de ces chiffres n’est extra-financier. Tous sont dans les comptes.

Le risque climatique se lit-il mieux dans une ligne de charges que dans un score extra-financier ?

Le collectif n’a pas de réponse arrêtée. Les avis des membres sont les bienvenus.

Sources

Sur l’étiage des fleuves européens, août 2026 — plusieurs rédactions européennes, constats convergents : France 24, 4 août 2026, Le Grand Continent, 2 août 2026, Trends-Tendances.

Sur l’assurabilité et le régime Cat Nat — un rapport public remis au Gouvernement et la fédération professionnelle, sources d’intérêts distincts : Observatoire de l’assurabilité, rapport remis le 15 juin 2026, ministère de l’Économie, France Assureurs, risques climatiques et assurance.

Sur les charges de copropriété et les primes habitation — chiffres divergents selon les périmètres, fourchette citée telle quelle : L’assurance devient le 1er poste de charges de copropriété en 2026, SeLoger, Journal de l’Économie.

Sur l’assurance récolte et la viticulture — barème officiel et documentation ministérielle : ministère de l’Agriculture, barème et seuils d’indemnisation 2026, France Assureurs, multirisque climatique sur récoltes.

Cet Éclairage est un partage d’information. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente. Les chiffres cités renvoient à leurs sources et peuvent évoluer.

Le collectif

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *